Léo coeur d’Indien

Anne-Gaëlle Balpe
2016
B195L

Selon le Dr Vanhassen, Léo a des « particularités sensorielles » grâce auxquelles il appréhende le monde d’une manière qui diffère de celle de la plupart des gens. Or, le jeune garçon sait pertinemment qu’il doit ses sens très aiguisés aux superpouvoirs d’Indien qu’il porte en lui! L’esprit en constante ébullition, il scrute constamment son entourage, attentif non seulement aux odeurs et aux petits détails qui passent inaperçus au commun des mortels, mais également aux mots, qu’il collectionne et emmagasine sous forme de listes aux sonorités musicales et poétiques. C’est ainsi qu’un jour, dans un moment de distraction, il perd de vue le manteau rouge de sa maman et se retrouve seul dans une station de métro. Remarquant son air désemparé, une vieille dame jouant de l’harmonica lui propose de l’accompagner chez elle. Après avoir collé un mot sur le mur à l’intention de sa maman, Léo accepte et emboîte le pas à la dénommée Calamiti-Djène et à son chien Dostoïevski, qui habitent une cabane malodorante, construite de bric et de broc en bordure de la ville. C’est le début d’une aventure digne des plus grandes épopées du Far West au cours de laquelle il voit notamment sa tête mise à prix par le shérif, met le doigt sur un secret de famille et tisse les bases d’une belle amitié… [SDM]

Un récit profondément touchant, porté par une écriture à la première personne pleine de justesse, d’humanité et de sensibilité, qui nous plonge dans la psyché d’un bambin attachant, qui craint de devoir « aller dans le spécialisé » et qui est suivi par un médecin qui l’aide à « comprendre comment on fait pour vivre au milieu des cow-boys quand on est un Indien » (p. 156). Les associations d’idées se multiplient de page en page, révélant sans pathos l’intelligence, les inquiétudes et les souffrances de cet être marginal qui pose, en tant qu’autiste, un regard atypique, mais d’une très grande lucidité sur le monde qui l’entoure. Son escapade (où l’inquiétude est dédramatisée par une candeur et une tendresse ambiante) est l’occasion de se découvrir une grand-mère qui n’a pas eu la chance, comme lui, d’avoir un guide pour lui apprendre à vivre parmi les cow-boys et qui vit par conséquent en recluse dans un terrain vague en compagnie d’autres mal-aimés. Parmi ces derniers, une fillette indienne avec laquelle Léo se lie d’amitié. Un très beau roman, donc, qui s’efforce de chasser la peur que l’on éprouve face à la différence en donnant à la vivre de l’intérieur. Ceci tout en mettant en garde les lecteurs contre les préjugés et les jugements trop hâtifs à l’égard des êtres marginaux, qui portent souvent sur leurs frêles épaules le fardeau d’un passé douloureux et auxquels la société n’a pas su offrir les outils nécessaires à leur épanouissement. Soulignons que la maladie dont souffre le narrateur n’est jamais nommée explicitement, mais que les symptômes décrits ne laissent que peu de place au doute. À compte de 10-11 ans. [SDM]