Je suis là, je suis là

Marie-Francine Hébert
2017
H446j

Dans le noir de sa chambre, un jeune garçon guette chaque soir le retour du travail de sa maman, qui est rythmé par les mêmes bruits, inébranlables et rassurants: celui de la clé qui tourne dans la serrure, du sac à main et des souliers qui atterrissent sur le plancher, puis de sa grand-maman qui fait un compte-rendu du retour de l’école de la fratrie, dont il est l’aîné. Avant de savourer le repas qui l’attend dans le four, sa maman prend inévitablement le temps de venir le border et de lui donner un bisou en murmurant: « Je suis là, je suis là. » Or, aujourd’hui, ça ne se passe pas comme d’habitude… Il est question de mise à pied et de choses auxquelles il ne comprend rien. Sa maman doit par ailleurs avoir attrapé un rhume, car elle se mouche et se met directement au lit toute habillée, sans même avoir mangé. Elle ne s’endort pourtant pas tout de suite: le jeune narrateur l’entend renifler. Et si elle l’attendait pour un bisou et quelques mots rassurants? [SDM]

Un récit profondément tendre, intimiste et émouvant, qui invite à plonger dans les pensées d’un bambin d’une grande sensibilité, aîné de trois enfants grandissant au sein d’une famille où les générations sont tissées serrées et se serrent les coudes, même dans les moments les plus difficiles. L’amour transpire à chacune des pages, que ce soit dans les moments que le papa travaillant de nuit intègre à la routine matinale afin de passer un peu de temps avec ses trois enfants, dans le baiser maternel du soir, tant attendu par l’aîné, ou dans le portrait que l’on fait de la mamie affectueuse et à l’écoute, passée maître dans l’art de cuisiner et de raconter des histoires, qui vient chaque jour donner un coup de main à sa fille et à ses petits-enfants. L’importance de la routine et de la transmission des rituels rassurants est également au coeur de ce récit où les paroles de réconfort « Je suis là, je suis là » sont reprises par les différentes générations, jusqu’à la chute où le jeune narrateur les prononce à son tour l’oreille de sa maman, dont il ressent la détresse sans pour autant saisir l’enjeu des inquiétudes qu’elle évoque dans le cadre de la discussion entre adultes où il est question de mise à pied et de nombreuses dépenses à venir. Ce qui n’en rend que plus poignante la compassion manifestée par l’enfant dans un élan d’amour inconditionnel qui stimule la réflexion sur les valeurs essentielles. Des aquarelles teintées de naïveté, délicatement rehaussées au pastel, offrent un écrin de douceur enveloppante et feutrée au texte en plantant le décor dans un appartement modeste, mais chaleureux, brossé dans une palette dominée par des roses et verts tendres que viennent égayer des motifs floraux, symboles de l’amour qui fleurit inlassablement. Un très bel album où le contexte familial difficile, évoqué en arrière-plan, pourra susciter des questionnements et faire l’objet d’une discussion avec un adulte accompagnateur. [SDM]