Des ailes dans la nuit

Jane Yolen
2017
Y54d

Tard un soir d’hiver, longtemps après l’heure où elle se met habituellement au lit, une fillette entame une balade nocturne avec son père dans l’espoir d’apercevoir le grand-duc. « Le long sifflet d’un train, comme une très triste chanson » (p. 4), vient momentanément accompagner le crissement du pas des promeneurs dans la neige, tandis qu’ils s’enfoncent dans la forêt sous le regard d’argent de la lune. Silencieuse et à l’écoute, la fillette chemine dans le sillon de son père, qui lance à quelques reprises un appel au volatile avant de reprendre sa marche parmi les ombres impressionnantes. Ceci jusqu’à une clairière où a enfin lieu la rencontre mémorable… [SDM]

Un album magnifique, tout en délicatesse, en sensibilité et en émotion, qui exprime avec énormément de douceur et de poésie cette aventure particulière partagée par un père et sa fille. La complicité qui les unit est palpable, au même titre que l’harmonie qui les unit à la nature immense et enveloppante, au sein de laquelle ils cheminent respectueusement, remplis d’espoir. Ce moment intimiste et privilégié est narré par la jeune héroïne dans un texte d’une grande justesse au sein duquel les sentiments et sensations sont finement appuyés par des métaphores d’une grande force d’évocation. Le rythme lent et poétique souligne parfaitement l’attente fébrile et la patience que manifestent les protagonistes tout au long de leur route, et ce, en dépit du froid qui voile leur regard et qui rosit leurs joues. La récompense précieuse et tant attendue vient clore avec puissance cette quête contemplative et multisensorielle, qui est superbement portée par des aquarelles réalistes. En jouant habilement sur les perspectives, cadrages ou encore jeux d’ombres et de lumière faisant contraster le bleu de la nuit avec la blancheur de la neige et la clarté de la lune, l’illustrateur permet de prendre toute la mesure de la majesté et du mystère entourant les paysages forestiers dans lesquels les minuscules héros s’introduisent sur la pointe des pieds. Un très grand ouvrage, auréolé d’une petite touche de nostalgie savoureuse, qui a remporté la médaille Caldecott en 1988. [SDM]