Catfish : une histoire de combats, de liberté et de courage

Maurice Pommier
2011
P787c

Il y a de cela de très nombreuses années, celui que l’on appelle aujourd’hui Vieux George a vu son village africain mis à feu et à sang par des guerriers à la solde de marchands d’esclaves. Au terme d’une pénible traversée effectuée dans des conditions inhumaines (qui coutèrent la vie à nombre de ses concitoyens), George est mis aux enchères et vendu au propriétaire de la plantation Purlin. C’est dans la porcherie du domaine qu’il découvre un jour un jeune esclave noir venu d’une plantation de canne à sucre antillaise qu’il prend immédiatement sous son aile. Réalisant que son protégé est un peu fluet, mais qu’il possède de très grandes habiletés manuelles, le vieil homme plaide sa cause auprès du « Blanc-qui-tape » (le régisseur de la propriété) afin qu’il soit affecté à l’atelier du tonnelier. Ce dernier apprend à l’enfant (rebaptisé Scipio) son métier, mais également à lire et à écrire. Et, quelques années plus tard, le maître et son apprenti profitent de la révolte des patriotes américains pour s’affranchir et ainsi ouvrir le chemin de la liberté à leurs descendants… [SDM]

Une oeuvre poignante qui dresse, avec beaucoup de sensibilité, le portrait de trois hommes dont les destinées se croisent et s’enchevêtrent afin de raconter la terrible histoire de l’esclavagisme et de la traite des Africains. Dédié à la mémoire de César Chelor (1720-1784), un esclave affranchi qui fut également l’un des premiers fabricants d’outils américains, l’album donne à suivre des protagonistes animés d’un courage et d’une volonté hors du commun qui rendent hommage à tous ces hommes, femmes et enfants qui furent cruellement exploités et traités comme de la marchandise par des propriétaires terriens sans scrupules. Sévices corporels, proximité, ventes aux enchères où les esclaves étaient totalement déshumanisés ou encore insalubrité des traversées effectuées sur des négriers où les morts sont nombreuses: rien n’est occulté au fil des pages, qui sont magnifiquement illustrées d’aquarelles réalistes, de frises et de délicates enluminures évoquant les précieux livres anciens. Tour à tour sépia ou pleines couleurs (afin d’illustrer le passé ou le présent des personnages magnifiquement campés), ces tableaux ajoutent à la puissance de cet ouvrage qui répond à un incontournable devoir de mémoire. Une facture des plus soignées (papier à gros grain, pages de garde réalisées à l’aquarelle, couverture embossée en ombres chinoises) sublime ce magnifique livre-objet qui se termine sur la généalogie fictive de Scipio et un clin d’oeil à Rosa Parks et Martin Luther King.