Poils aux pattes

Ingrid Chabbert
2016
C426p

Album où l’on suit une petite grenouille moquée par ses pairs parce qu’elle a du poil aux pattes. Même en enfilant ses bas, elle n’arrive pas à les cacher. Elle décide donc de déménager au fond du marais, sur une pierre au soleil à l’abri des regards indiscrets. Or, un drôle de crapaud rose vient bientôt passer par là et, après un foudroyant coup de foudre, en tombe amoureux. Ils décident donc de suivre la passion du batracien cramoisie pour le cirque, d’en faire leur métier et d’y fonder une grande famille toute colorée. [SDM]

Cette mignonne histoire d’amour aux accents toutefois grotesques un peu stéréotypés, fait l’éloge de la différence et de l’originalité des personnalités. Le tout est illustré de ravissants crayonnées naïfs et rigolos aux couleurs acidulées. [SDM]

Le crocodile qui avait peur de l’eau

Gemma Merino
2013
M562c

Un jeune crocodile effrayé par l’eau cherche désespérément un moyen de s’amuser avec ses frères et soeurs, qui adorent nager alors que lui préfère nettement grimper aux arbres. Avec l’argent que lui a laissé la petite souris, il investit donc dans une bouée, qui freine malheureusement ses jeux en l’empêchant d’attraper le ballon ou de sauter dans l’eau. Et puis, quelle sensation désagréable que de se sentir tout froid et mouillé! Tout grelottant, il lui est bientôt impossible de réfréner un énorme éternuement, qu’il libère finalement en… crachant du feu! Voilà le mystère résolu: le petit héros n’est pas un crocodile, mais un dragon! Un dragon qui promène depuis le reste de la fratrie dans le ciel, sur son dos ou à bord d’une montgolfière… [SDM]

Critique : Un album en demi-teinte qui n’offre pas de véritable solution aux jeunes enfants qui craignent l’eau, mais qui revisite agréablement le «Vilain petit canard» en croquant les aventures pleines d’humour et de tendresse d’un jeune saurien qui cherche à se dépasser et à vaincre la peur qui le tient à l’écart des autres. Ceci dans une belle aventure qui démontre qu’il n’est pas nécessaire d’aller contre sa nature pour se faire des copains et qu’il est toujours possible de trouver des compromis qui conviennent aux deux parties. De très jolies aquarelles, rehaussées de quelques traits de plume nerveux, donnent vie avec brio à l’attendrissant petit héros doté de grands yeux expressifs dans lesquels se reflète toute une gamme de sentiments qui nous le rendent profondément attachant, lui qui se découvre au final des talents cachés. Le tout est présenté dans une mise en page très variée alliant panoramas se déployant sur doubles pages et vignettes de formes et de grandeurs variées (détourées ou non) qui confèrent énormément de dynamisme à l’ensemble, réalisé dans des camaïeux de verts et de bleus aquatiques que viennent enrichir de petites touches de rouge. [SDM]

Léo coeur d’Indien

Anne-Gaëlle Balpe
2016
B195L

Selon le Dr Vanhassen, Léo a des « particularités sensorielles » grâce auxquelles il appréhende le monde d’une manière qui diffère de celle de la plupart des gens. Or, le jeune garçon sait pertinemment qu’il doit ses sens très aiguisés aux superpouvoirs d’Indien qu’il porte en lui! L’esprit en constante ébullition, il scrute constamment son entourage, attentif non seulement aux odeurs et aux petits détails qui passent inaperçus au commun des mortels, mais également aux mots, qu’il collectionne et emmagasine sous forme de listes aux sonorités musicales et poétiques. C’est ainsi qu’un jour, dans un moment de distraction, il perd de vue le manteau rouge de sa maman et se retrouve seul dans une station de métro. Remarquant son air désemparé, une vieille dame jouant de l’harmonica lui propose de l’accompagner chez elle. Après avoir collé un mot sur le mur à l’intention de sa maman, Léo accepte et emboîte le pas à la dénommée Calamiti-Djène et à son chien Dostoïevski, qui habitent une cabane malodorante, construite de bric et de broc en bordure de la ville. C’est le début d’une aventure digne des plus grandes épopées du Far West au cours de laquelle il voit notamment sa tête mise à prix par le shérif, met le doigt sur un secret de famille et tisse les bases d’une belle amitié… [SDM]

Un récit profondément touchant, porté par une écriture à la première personne pleine de justesse, d’humanité et de sensibilité, qui nous plonge dans la psyché d’un bambin attachant, qui craint de devoir « aller dans le spécialisé » et qui est suivi par un médecin qui l’aide à « comprendre comment on fait pour vivre au milieu des cow-boys quand on est un Indien » (p. 156). Les associations d’idées se multiplient de page en page, révélant sans pathos l’intelligence, les inquiétudes et les souffrances de cet être marginal qui pose, en tant qu’autiste, un regard atypique, mais d’une très grande lucidité sur le monde qui l’entoure. Son escapade (où l’inquiétude est dédramatisée par une candeur et une tendresse ambiante) est l’occasion de se découvrir une grand-mère qui n’a pas eu la chance, comme lui, d’avoir un guide pour lui apprendre à vivre parmi les cow-boys et qui vit par conséquent en recluse dans un terrain vague en compagnie d’autres mal-aimés. Parmi ces derniers, une fillette indienne avec laquelle Léo se lie d’amitié. Un très beau roman, donc, qui s’efforce de chasser la peur que l’on éprouve face à la différence en donnant à la vivre de l’intérieur. Ceci tout en mettant en garde les lecteurs contre les préjugés et les jugements trop hâtifs à l’égard des êtres marginaux, qui portent souvent sur leurs frêles épaules le fardeau d’un passé douloureux et auxquels la société n’a pas su offrir les outils nécessaires à leur épanouissement. Soulignons que la maladie dont souffre le narrateur n’est jamais nommée explicitement, mais que les symptômes décrits ne laissent que peu de place au doute. À compte de 10-11 ans. [SDM]

La grande rivière

Anne Rossi
2015
R831g

Grenouille est née avec les mains palmées. Selon la tradition, elle aurait dû être abandonnée dans la montagne. Mais sa mère avait refusé, pensant que la petite deviendrait guérisseuse comme elle. Or l’infirmité de la fillette fait peur, personne ne veut se faire soigner par des mains palmées. Son grand-père est le seul à la protéger et la considérer comme une enfant normale. À sa mort, Grenouille décide de suivre ses cendres le long du fleuve. Elle espère arriver au pays merveilleux, une contrée heureuse dont son aïeul lui a mainte fois parlé. En chemin elle rencontre Arbas, un jeune garçon au bras atrophié, lui aussi paria dans sa propre tribu. Les deux enfants décident de continuer le voyage ensemble. Ils descendent le fleuve, affrontent les dangers, surmontent les épreuves, rencontrent d’autres tribus, se donnent du courage tout au long de ce voyage initiatique. [SDM

Critique : À côté du récit d’aventures, le roman offre une réflexion très aboutie sur le handicap. La différence est présentée dans sa difficulté, mais en tout innocence et respect. C’est loin d’être une gêne, au contraire elle devient une force. On ne peut que souhaiter à ces deux réfugiés d’atteindre le pays tolérant dans lequel ils se sentiront comme les deux héros qu’ils sont vraiment. [SDM]

Je ne veux pas être une grenouille

Dev Petty
2016
P512j

Deux grenouilles, un père et son fils, ont une discussion autour des rêves de l’enfant. La jeune grenouille voudrait être un autre animal que ce qu’elle est. Tranquillement, son père lui explique qu’il est impossible de changer de nature. Un féroce prédateur passe et apprend gentiment à la grenouille qu’elle est chanceuse, car si elle n’était pas aussi gluante, il prendrait plaisir à la manger. [SDM]

À travers cette petite histoire, deux grenouilles, un père et son fils traversent leur environnement en rencontrant d’autres animaux. Ils en font ressortir les caractéristiques anatomiques et les régimes alimentaires. Le texte est entièrement dialogué, rédigé dans des phylactères de couleur différente selon les interlocuteurs. Les dessins traduisent des émotions de douceurs efficaces liées aux tons pastel. L’enjeu est de parvenir lentement jusqu’à l’acceptation de soi, sortir d’un excès d’imagination, tout en reconnaissant les avantages de sa propre existence. Album à couverture souple et peintures de synthèse épurées. [SDM]

Tu n’es pas (si) petit!

Anna Kang
2014
K16t

Album au cours duquel on observe des créatures velues au format opposé se disputer en affirmant, selon leur point de vue, que l’autre est petit ou grand. Or, lorsque d’autres créatures encore plus grandes ou plus petites débarquent, la taille des créatures devient tout à coup bien relative… [SDM]

Un album qui permet d’illustrer la futilité de certaines comparaisons physiques, desquelles découlent souvent les conflits, tout en s’amusant de ces perceptions en soulignant qu’on trouve toujours plus petit ou plus grand que soi. Le tout est illustré de charmantes esquisses rebondies peintes à l’aquarelle campant toujours ces gentils monstres velus à gros nez sur un même plan horizontal, ce qui permet au lecteur de mesurer lui-même ces différences de taille amusantes. [SDM]

 

La petite pieuvre qui voulait jouer du piano

Wajdi Mouawad
2015
M924p

Lorsqu’elles naissent dans les abysses sous-marins, aucune ride ne plisse le front des jeunes pieuvres aux yeux doux. Ces dernières ont cependant tôt fait d’intégrer l’école de la sévérité, où elles apprennent le froncement de sourcils grâce auquel elles acquièrent la crédibilité et le respect de leurs pairs. Au grand désespoir de ses parents, le jeune Hector n’arrive cependant pas à adopter un regard austère, lui dont les yeux émerveillés sont agrandis par le rêve de devenir pianiste depuis qu’il a effleuré les touches d’un instrument découvert dans l’épave d’un galion espagnol. Sur les conseils du poisson-chat, il fuit donc les moqueries des siens et entreprend un voyage périlleux jusqu’au grand Milieu, là où personne n’ose s’aventurer, afin de rencontrer le Grand Cétacé, que l’on dit susceptible de l’aider. Hector termine son périple dans le ventre de la baleine, où le célèbre Glenn Gould a trouvé refuge afin d’échapper à des spectateurs trop bruyants. Le grand homme accepte cependant de l’initier à son art et lui permet au passage d’acquérir la confiance en lui nécessaire pour retourner auprès des siens, auxquels il fait découvrir que la musique a le pouvoir de changer le monde… [SDM]

Un magnifique album relatant la quête d’un jeune poisson qui est l’occasion de célébrer la différence, mais également de rendre hommage non seulement à un célèbre pianiste canadien, mais également à l’art musical, qui a le pouvoir de faire évoluer les moeurs, d’exprimer des émotions enfouies profondément et de rendre le monde meilleur. Le texte poétique, qui invite par ailleurs à aller au bout de ses rêves, est intégré à de superbes aquarelles qui exploitent le plein potentiel des immenses doubles pages afin d’immerger le lecteur dans un univers sous-marin fantaisiste et éthéré où s’anime un bestiaire haut en couleur notamment composé de poissons ampoules, de tortues géantes, de raies majestueuses et d’un mammouth échappé de la préhistoire! Une brève présentation de Gould complète le tout. [SDM]

Gaston

Kelly DiPucchio
2014
D596g

Album au cours duquel on suit l’histoire de deux familles de chien ayant chacune un rejeton mal assorti à leur race. Les deux mamans chiens, qui se retrouvent au parc lors d’une ballade avec leurs maîtres, découvrent ainsi que Gaston a des allures de bouledogue contrairement à ses frères et soeurs caniches, tandis qu’Antoinette est frisée et menue contrairement à sa fratrie plus trapue. Madame Caniche convient avec madame Bouledogue qu’il y a probablement eu un malentendu et décident d’échanger sa petite progéniture avec la sienne. Or, ni l’un ni l’autre ne s’adapte vraiment à sa nouvelle famille, puisqu’ils n’ont pas les mêmes habitudes de vie: Gaston (le bouledogue) est propret et sage, tandis qu’Antoinette (la caniche) est plus dissipée et bruyante. Dès le lendemain, les chiots sont remis à leur mère adoptive respective, mais une belle complicité naît entre eux et, des mois plus tard, après avoir été de bons compagnons de jeu, Gaston et Antoinette fondent ensemble leur propre famille. [SDM

Une singulière histoire d’adoption faisant écho à celle du «Vilain petit canard», mais en y illustrant avec simplicité et humour que l’enfant s’adapte et se moule à sa famille adoptive de qui il prend tout un bagage comportemental qui le définit bien au-delà des apparences. Le tout est illustré de robustes gouaches naïves campant ce petit bestiaire habilement différentié dans des décors stylisés coquets et verdoyants. [SDM]

Les yeux verts

Li Lamarre
2017
L216y

Sur la planète Bretli vivent des chats. Les mâles ont les yeux bleus, les femelles les yeux jaunes. Neige est une petite chatte qui grandit au milieu de ses amis jusqu’au jour de son adoption. Dans sa famille d’accueil, elle se sent vite privée d’affection et décide de s’enfuir. Sur les routes, elle prend peu à peu le contrôle de sa vie et fait la connaissance de Tao, un chat libre.

L’enfaon

Éric Simard
2010
S588e

Dès le premier regard, Leïla est tombée amoureuse de L’enfaon, un garçonnet qui a été sauvé d’une maladie mortelle en se faisant greffer des gènes de faon. Tous les matins, une voiture du Centre des humains génétiquement modifiés le conduit à l’école, sous le regard de Leïla qui donnerait n’importe quoi pour qu’il la remarque. Hélas, L’enfaon est constamment perdu dans ses rêveries, conscient d’être différent et de ne pas percevoir le monde comme tous ses camarades. Très compréhensive, la maîtresse accorde toutefois beaucoup de liberté à ce jeune élève très intuitif et amoureux de la poésie, le laissant évoluer à son rythme. Lentement, à coup de patience, de compréhension et d’amour, Leïla réussira à gagner la confiance de L’enfaon et à pénétrer son univers, mais également à l’aider à affronter les esprits obtus et leur bêtise. [SDM]

Critique : S’insérant dans une collection de courts romans destinés à ouvrir les portes de la science-fiction aux jeunes lecteurs, un récit profondément émouvant qui propose une réflexion poétique sur la différence et les manipulations génétiques tout en explorant avec une sensibilité et une justesse extraordinaires les premiers émois amoureux. L’amour triomphe d’ailleurs dans le cadre de la chute finale, alors que la narratrice devenue adulte présente les enfants qu’elle a eus avec L’enfaon. Un texte magnifique, pétri d’espoir et profondément humain. Une excellente introduction au genre. [SDM]