Taxi

taxiKhaled Al Khamissi
2009
ROMAN K45t

Portant chacune sur un aspect particulier de la vie sociale, économique ou politique en Egypte, ces cinquante-huit conversations avec des chauffeurs de taxi du Caire composent un tableau fascinant de ce pays à un moment clé (avril 2005-mars 2006) du règne du président Hosni Moubarak – qui sollicitait alors un cinquième mandat. Tout y est : les difficultés quotidiennes de la grande majorité de la population, la corruption qui sévit à tous les échelons de l’administration, l’omniprésence et la brutalité des services de sécurité, le blocage du système politique, les humiliations sans fin que la population subit en silence, les ravages du capitalisme sauvage…

Consignés en dialecte égyptien avec un humour décapant et une remarquable lucidité sociopolitique, ces échanges librement reconstitués par l’auteur, sinon inventés par lui, relèvent à la fois de la création littéraire et de l’enquête de terrain et frappent par leur ton prémonitoire : l’Egypte qui s’y dévoile a depuis connu une révolution dont la nécessité et l’imminence transparaissent à chaque page.

Nouvelles orientales et désorientées

Nouvelles orientales et desorienteesOok Chung
1994
C559n

Par un Canadien d’origine coréenne, né au Japon et terminant en France une thèse de doctorat sur Le Clézio, un recueil de quinze nouvelles situées en Inde, au Japon, en France, au Canada, etc., qui traitent de dépaysement, de déracinement, de mort (celle du père), de l’aliénation de l’étranger, etc. L’auteur déclare avoir exploité l’antithèse Occident-Orient et pratiqué le « réalisme magique », c’est-à-dire « le fantastique intérieur ». Un remarquable premier recueil. [SDM]

Surprenant, rigolo, tragique. On passe par une gamme d’émotions.

Un dé en bois de chêne

de bois de cheneSuzanne Jacob
2010
J15d

C’était une femme et un homme qui avaient cultivé l’habitude de s’entendre. Le jour pouvait tomber, la neige, puis le vent, et enfin la nuit, l’entente entre la femme et l’homme ne tombait pas. Quand ils avaient un différend sur la direction à emprunter, ils faisaient appel à un dé en bois de chêne qu’ils avaient trouvé au bord du fleuve, un matin de leur premier voyage le long du fleuve. Quel drôle de dé que ce dé qu’ils avaient trouvé par hasard, un dé qui avait six côtés mais une seule face, celle du trois, avec deux yeux tout ronds et la bouche qui faisait « oh ! ». On gagnait si le dé tombait face contre ciel, on perdait si le dé tombait face contre terre. C’était l’usage et la règle que l’homme et la femme avaient décidés.

Suzanne Jacob écrit comme d’autres pratiquent la divination. Ses textes sont des sortes d’oracles. Ce sont des énigmes qu’elle nous propose, mais des énigmes qui ouvrent le réel et nous donnent accès à son sens le plus profond. [Renaud-Bray]

Sensible. Écriture douce et coulant comme l’eau. Beaucoup de beauté.